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Nietzsche : Les hommes faibles créent les temps durs

Nietzsche : Les hommes faibles créent les temps durs

Le dernier livre que j'ai lu m'a laissé une impression étrange.

Le psychologue canadien Steven Pinker l'a appelé La Part d'Ange en nous.

Cette part d'ange, c'est celle qui a permis la paix mondiale à grande échelle. Sa thèse : l'ère moderne est la meilleure période que l'humanité ait connue. Tous les indicateurs sont au vert. La violence et la pauvreté déclinent, le niveau de vie monte uniformément, même dans les pays les plus pauvres.

À coup de graphiques et de preuves mesurables, Singer montre qu'aucune époque n'a jamais connu l'abondance matérielle et la paix que nous connaissons.

 

Les preuves sont indubitables, l'argumentaire bien ficelé. Scientifiquement, c'est imparable. Et pourtant, en le fermant, une sensation désagréable m'est venue.

L'impression que derrière cette façade paradisiaque, le livre occultait une face cachée, plus sombre, de la pièce de la modernité.

 

 

 

Visionnaire, Guénon se questionnait dans La crise du monde moderne :

 

"Est-il vrai que les hommes soient plus heureux aujourd'hui qu'autrefois, parce qu'ils disposent de moyens de communication plus rapides ou d'autres choses de ce genre, parce qu'ils ont une vie plus agitée et plus compliquée ? Il nous semble que c’est tout le contraire [...]

Plus un homme a de besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d’être malheureux; la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et, comme nous le disions déjà plus haut, elle créera toujours plus de besoins qu’elle n’en pourra satisfaire, car, une fois qu’on s’est engagé dans cette voie, il est bien difficile de s’y arrêter, et il n’y a même aucune raison de s’arrêter à un point déterminé.

Les hommes ne pouvaient éprouver aucune souffrance d’être privés de choses qui n’existaient pas et auxquelles ils n’avaient jamais songé; maintenant, au contraire, ils souffrent forcément si ces choses leur font défaut, puisqu’ils se sont habitués à les regarder comme nécessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues nécessaires."

 

Aussi vite qu'augmente le confort matériel s'abaisse la force de la volonté. Cette force ne se mesure pas, elle se ressent dans un peuple ou dans un sang.

L'autre jour, je rencontrais par hasard un ancien homme politique français quand notre conversation dévia sur la guerre. Pour lui, rien de pire que la violence et l'affrontement. Pourtant, son corps même a émergé de cette violence par la sélection naturelle. Le fonctionnement de ses organes, ses muscles, jusqu'à la moindre de ces cellules a été façonné par les millions d'années de combats, de luttes et de larmes de ses ancêtres. Devant son incompréhension, les avertissements de Nietzsche résonnaient à mes oreilles. Lui savait que viendrait le temps d'une race d'homme allergique à l'affrontement et à l'autorité. Et qu'elle serait condamnée à succomber à ce qu'elle refuse de voir.

 

Les dernières décennies de confort nous ont rendus aveugles aux millions d'années de souffrance qui nous précèdent. Si une chose a bien le pouvoir de nous ramener en enfer, c'est la croyance qu'il a disparu.

 

"L’homme d’une période de dissolution, porte en lui des instincts contraires et souvent même contradictoires, qui luttent entre eux sans trêve, — cet homme qui représente généralement les cultures tardives et les lumières brisées sera un homme faible. Son aspiration la plus profonde sera de voir cesser la guerre qui est en lui ; le bonheur lui semble identique à un régime calmant et méditatif. Ce serait surtout pour lui le bonheur de pouvoir se reposer, de n’être pas dérangé, le bonheur de la satiété, de l’unité finale."

 

Après ces quelques lignes de Par delà le bien et le mal, Nietzsche esquisse une porte de sortie, une lueur pour nous orienter.

 

"Mais si la contradiction et la guerre agissent dans une telle nature comme un aiguillon de plus en faveur de la vie ; si, d’autre part, à ces instincts puissants et irréconciliables s’ajoutent, par l’hérédité et l’éducation, une véritable maîtrise et une subtilité consommée à faire la guerre avec soi-même, c’est-à-dire la faculté de se dominer et de se duper ; alors se formera cet être mystérieux, insaisissable et inimaginable, cet homme énigmatique, destiné à vaincre et à séduire."

 

Qu'est-ce que l'Homme, si ce n'est un animal qui lutte ?

 

Florent Tavernier